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JULIETTE LA JOLIE 8ll

mon père était là je t'ai fait signe de ne pas entrer. Quelquefois, au hasard de ses courses, il entrait. Il la regardait faire du crochet, lire. Il aimait bien la trouver occupée à lire ; c'étaient des occasions de lui demander :

— Est-ce que c'est joli ?

Elle faisait une petite moue, ne répondait rien. On aurait dit qu'elle devinait ses intentions. Il s'en allait, songeant :

— Si elle m'avait répondu, je lui aurais dit : Tu ferais mieux de lire Les Misérables^ c'est si beau ! Veux-tu que je te les apporte ? Mais elle m'a connu trop gamin pour me prendre au sérieux maintenant.

En tout cas c'était une façon pour lui de se rendre compte qu'elle n'avait aucun amoureux à ses genoux.

— Je m'en suis bien douté, répondit-il. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait d'ajouter :

— Mais au moins je t'ai vue.

Car il y avait des jours où il ne l'apercevait même pas. Il suffisait d'une série de petits hasards. Il arrivait aussi que certains soirs où il était libre elle allât avec sa mère chez des amis.

Ce soir il faisait des rêves. Il pensait :

— Par une nuit pareille tu t'en irais sur la route de Marné qui est bien agréable ; elle est bordée d'arbres. Derrière l'un d'eux je serais caché. Tu viendrais à passer, et tu verrais, sans qu'il y eût un souffle de vent, trembler sur la route l'ombre de ses feuilles. Nous marcherions longtemps. Pour nous embrasser nous nous arrêterions souvent. Tu sentirais bon comme tu sens toujours. Tu n'aurais pas de chapeau, mais tu aurais le même petit

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