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822 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

étangs, à des bois, on voyait beaucoup d'ombrelles de toutes les couleurs.

Toute la jeunesse est dehors, les belles demoiselles avec leur papa et leur maman, les filles des ouvriers et des pauvres toutes seules, au gré de leurs caprices ; leur sort, il ne faudrait pas affirmer qu'aujourd'hui les belles demoiselles ne l'envient point. Les garçons, eux, s'en vont où bon leur semble, riches ou pauvres. Les filles, que l'on appelle des gamines même lorsqu'elles ont cessé de porter des jupes courtes, et les garçons, que l'on appelle des gars, se rencontrent, s'abordent en riant, les mains moites et des langueurs dans les yeux. Le bois de Narvaux, que traverse la cascade, est pittoresque avec ses rochers énormes couverts de bruyères entre lesquelles des sentiers rampent comme des serpents, avec ses frais bouleaux et ses sapins à l'ombre desquels il fait toujours trop chaud. On s'amuse à se poursuivre en poussant des cris. Le bois du Four est plus simplement joli, plus accessible aux jeunes femmes qui s'en vont, poussant devant elles des bébés qui dorment ou gigotent dans des voitures à roues légères, ou toutes seules, ou par petits groupes. Le chemin qui le traverse ressemblerait presque à l'allée d'un parc s'il n'était creusé de profondes ornières. De mauvaises langues racontent qu'elles ne vont au bois du Four que quand le loup y est, ou qu'il y doit venir. Leurs maris ne peuvent pas toujours s'occuper d'elles. Ils ont eux aussi leurs rendez-vous au café.

Au moment où M'"" Gallois fermait la porte, ils virent passer le père Boussard, un litre vide à la main. Juliette se mit à rire. C'était un grand vieux à casquette noire et à barbiche blanche. Pour lui aussi le dimanche était un

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