Page:NRF 7.djvu/836

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


830 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

quelques années, avec sa mère qui la laissait bien tran- quille. Elle avait travaillé dans les grands ateliers de Paris ; sans que l'on sût au juste à cause de quoi, elle avait quitté " la capitale " pour cette petite ville où soixante ans auparavant sa mère était née. Depuis presque le jour de son arrivée, les bonnes langues n'avaient pas manqué de lui prêter des liaisons avec la plupart des " notoriétés " d'ici. Parce qu'à trente-deux ans, jolie, elle n'était pas mariée, qu'elle répondait, en souriant, aux saluts des messieurs qui la rencontraient, il paraissait impossible qu'elle ne fût pas, comme on le dit en termes voilés, de mœurs légères. M"** Clément ne s'occupait guère de ce qu'on pouvait dire d'elle. Il lui suffisait d'être la meilleure couturière d'ici. Les deux autres avaient beau se faire envoyer de Paris des journaux de modes avec des patrons à n'en plus finir : M"® Clément les recevait aussi, et pendant des années elle avait travaillé là-bas, comme petite main d'abord, comme ouvrière ensuite, enfin comme première, rue des Petits-Champs. On disait même, ici, que ça ne devait pas beaucoup la changer, puisque sa maison était située au bout de cette rue qiii mène aux champs. Elle avait son métier dans les doigts et ne manquait jamais d'ouvrage. Quand il y en avait beaucoup et que cette paresseuse de Juliette ne se déran- geait pas. M"® Clément en personne allait la chercher. Quand elle la voyait entrer. M"® Gallois savait bien ce que cela voulait dire, et elle criait à Juliette, en riant :

— Juliette, cache-toi vite ! Voici M"^ Clément !

Vers trois heures de l'après-midi, M"^ Clément s'aper- çut que Ton allait manquer de fil à ourler. Déjà Juliette

�� �