Page:NRF 7.djvu/839

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


JULIETTE LA JOLIE 833

Des femmes sortaient sur le pas de leurs portes. C'est l'habitude de " ceux de la grand' rue " comme on les appelle : ils ont besoin de savoir ce qui se passe.

— Ah ! dit M"' Prégermain, j'en étais sûre ! C'est encore ce vieil imbécile de Cougny. Ça ne m'étonne pas. Regardez-le donc, madame, comme il est après la fille des Gallois ! C'est moi qui lui flanquerais une de ces paires de gifles qu'il en verrait trente-six chandelles et qu'il n'aurait pas envie de recommencer !...

— Pas de danger, avec elle ! Il peut être tranquille, allez, madame ! Elle court après tous les hommes.

C'est ainsi que se font les réputations dans les petites villes, et ailleurs. Enfin Cougny s'en alla, tout douce- ment. Il n'était pas pressé. Il riait en se frottant les mains, de satisfaction.

Elle vit Alice Lemoine, une grande jeune fille pâle et blonde, avec de gros yeux bleus à fleur de tête, qui res- semblait un peu à Marguerite et qu'elle avait connue à l'école de l'institutrice. Alice ne sortait presque plus. Sa mère la surveillait. Il fallait qu'elle s'occupât dans la bou- tique de mercerie, et que, comme le répétait M™* Lemoine, elle se mît " au courant des affaires " pour plus tard, quand elle serait mariée. En attendant, lorsque la clientèle ne venait pas, Alice se morfondait derrière le comptoir à faire du crochet, et elle enviait celles qui peuvent aller où bon leur semble.

— Tiens, dit-elle à Juliette, tu travailles donc aujour- d'hui ?

Tous ceux qui connaissaient Juliette étaient étonnés lorsqu'elle travaillait.

— Ma foi, répondit-elle, il faut bien... de temps en temps... pour me distraire.

�� �