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832 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Et puis, continua-t-il, les soirs où je serais libre, c'est toi qui n'es pas là.

Juliette le regardait, avec ses cheveux mal peignés et ses yeux bleus.

— Ce n'est pas une raison, répondit-elle.

Mais elle disait cela comme elle aurait dit n'importe quoi. Elle en était à l'incertitude de ses seize ans, pensant tantôt au Paul, tantôt au Louis, oubliant l'un aussitôt qu'elle voyait l'autre.

— Est-ce que tu seras ce soir à la retraite aux flam- bleaux ? continua-t-elle. Moi, j'irai sûrement.

S'il irait ! Mais il eût passé par-dessus tous les ob- stacles !

— A ce soir ! dit-elle. Je vais jusque chez M""^ Lemoine chercher du fil à ourler.

Il la suivit du regard. Il était seul à l'étude, le premier clerc au café, l'autre on ne sait où.

Un peu plus haut, avant d'entrer dans la boutique de M™* Lemoine, elle rencontra Cougny, plus gai encore que d'habitude. Il ne se gênait pas plus dans la rue que chez lui, un peu moins même, car il ouvrit tout grands les bras comme pour y recevoir Juliette. Vaurin, le Cordonnier, qui fumait une cigarette sur le seuil de sa boutique, lui cria :

— Vas-y ! N'aie pas peur. Elle ne demande pas mieux. Une autre que Juliette eût rougi de honte, et se fût

enfuie.

— Allez-vous bien me laisser tranquille, vieux bouc ! dit-elle en riant, ou je vous crève les yeux avec le bout de mon ombrelle.

— Oh ! oh ! ricana-t-il, tu es bien fière aujourd'hui 1

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