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CHRONIQUE DE CAERDAL 845

solide, lourd, indestructible. Mais ces fenêtres en arcs de triomphe, et ces murs sont trop militaires pour les œuvres d'art : elles y sont au cachot.

L'ennui du musée, où l'on ne trouve rien, est pareil au début d'une maladie : surtout, par une sèche chaleur d'enfer, comme ce jour là. L'air était d'ouate. Les pierres et les briques de la ville semblaient brûler de fièvre, sur un grabat. En vain, je me promettais de revoir la délicieuse Loge de Fra Giocondo, et les jardins de Juliette, ou telle maison gothique, comme le petit palais de la Banque, dont une seule fenêtre, placée à miracle dans le doux visage de la façade, vaut toutes les splendeurs concertées de la Renaissance classique. Je ne pouvais rien chérir dans ces salles à la clarté égale et crue, où pesait l'odeur funeste de la viande orageuse. L'ennui au musée est plus mortel qu'un autre. Il épuise le coeur. Il me fait connaître l'odieuse sécheresse, climat de la méchanceté.

Quand rien ne plaît aux yeux, et qu'on reste indifférent aux œuvres, elles sont mornes comme un mensonge politique. Elles attendent la vie, qu'on leur refuse ; et elles ne nous donnent rien, parce qu'on ne leur prête pas. On se traîne d'un pied sur l'autre, en bourreau nonchalant ; et l'on voudrait, d'un bâillement, anéantir la ville étran- gère, où l'on se sent de hasard, où tout nous reste étranger, puisqu'on n'y aime pas. Il en est alors des œuvres et de l'art, comme d'un amour usé :

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