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850 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Un massif d'arbres touffus, d'yeuses et de chênes font un abri contre le vent. Ce rideau profond sépare du monde une prairie vouée au calme. Et, de part et d'autre, une double perspective de campagne descend avec douceur vers les lointains horizons. Un lac se devine, là-bas, à son léger miroitement d'eau endormie. Plus loin encore, des hauteurs boisées, et les flancs apaisés de mysté- rieuses collines. C'est peut-être l'été, ou peut-être l'automne. Ici, la nature est soumise à l'art.

Elles sont neuf dans la sombre prairie, toutes jeunes, toutes femmes, grandes, fières, aimables et nobles. Les plus fines d'entre elles sont encore robustes. Saines comme une race sans péché, et non mortelle. Calmes, comme jamais femmes ne le furent.

Ni elles, ni leurs mères n'ont jamais connu la loi du travail et de la nécessité. Elles sont nées dans les palais ; elles ont grandi dans les jardins sans désordre, qu'ont dessinés de sages architectes. Sur les terrasses d'arbres toujours verts, l'hiver n'a pas attristé leurs yeux, qui se sont instruits, dès la naissance, à la simple majesté des grandes lignes ; et pour élever leur goût, les fleurs mêmes des parterres ont été réparties en figures.

Toutes sont coifl^ées avec soin, selon leur rang, qui est auguste. L'or et les perles retiennent leurs chignons enroulés. Elles sont toutes blondes, et pas une n'a les cheveux dénoués. Elles ont les

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