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954 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

taire, silencieuse et sans harmonie, s'ouvre comme un sépulcre pour me recevoir, alors, croyez-moi, ma passion se donne libre cours, et, je ne voudrais pas — dans la crainte que vous me croyiez malheu- reux ou peut-être un peu fou — que vous fussiez initiée à ces déclamations auxquelles j'avais cru jadis impossible de m'adonner jamais, et dont les auteurs m'avaient si souvent prêté à rire.

Je suis, pour l'instant, à une jolie fenêtre de cottage, donnant sur une vue de collines, avec une échappée sur la mer ; la matinée est ravissante. Je ne sais quelle élasticité mon esprit atteindrait, ni quel plaisir je pourrais avoir à vivre ici, à respirer, à errer, libre comme un cerf, le long de ce rivage magnifique, si votre souvx^nir ne pesait ainsi sur moi ! Je n'ai jamais eu de joie sans alliage long- temps de suite : toujours la mort ou la maladie de quelqu'un ' a empoisonné mes jours ; — et mainte- nant, quand aucun chagrin de ce genre ne m'op- presse, convenez qu'il est dur qu'une autre sorte de peine me poursuive. Interrogez- vous, ma bien- aimée, et voyez si vous ne vous trouvez pas très cruelle de m'avoir envoûté ainsi et dépouillé de toute liberté ? Voulez-vous me le confesser dans la lettre qu'il vous faut m'écrire immédiatement, et dans laquelle il faut faire tout votre possible pour me consoler ; rendez-la enivrante comme une

' Son frère, le " pauvre Tom " était mort environ sept mois avant la date de cette lettre.

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