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JULIETTE LA JOLIE 99 1

avait pas, à se déranger de leurs occupations, que les gamins : on voyait aussi des jeunes filles, des femmes, des hommes qui, fumant leur pipe, avaient l'air de ne venir là que pour accompagner leur famille, mais au fond ils étaient bien contents. Maraloup ne manquait pas une séance ; mais aussi il avait servi dans l'artillerie. Il n'avait pas peur, lui. Il s'approchait du petit canon et donnait des conseils pour le bourrer. On y mettait plus de mottes de terre que de poudre, sans doute, mais ils n'étaient pas rares, ceux qui se tenaient à une distance respectueuse. Maraloup disait :

— Du temps que j'étais à Bourges, au 37®...

Tout le monde, pourtant, n'allait pas " du côté du canon ". Beaucoup se dirigeaient vers la route d'Avallon, d'où devait partir la retraite aux flambeaux. On ne s'imagine pas l'importance que donnent à une petite ville presque trois mille habitants qui se répandent par ses rues. C'est une rumeur collective à laquelle chacun est fier de contribuer.

Un instant il s'arrêta sur les Promenades ; à l'ombre des tilleuls la nuit s'épaississait encore. A huit heures précises, les trois cloches se mirent à carillonner en volée et le canon tonna son premier coup. Il fut si ému qu'il eut envie de pleurer. Tout ce bruit dans les airs ! Et Juliette qui sans doute l'attendait ! Alors il se mit à courir.

La fanfare était rassemblée. Des gamins de l'école communale, — ceux de l'école des frères ne pouvaient avoir de place marquée dans une fête républicaine, — s'apprêtaient à allumer les torches. Les pompiers aussi étaient là, mais en petite tenue, pantalon blanc, ceinture de sauvetage, képi. Les casques n'apparaîtraient que demain.

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