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LA CONQUE d'or 7

toire, les mœurs terrestres, la religion, l'existence d'outre-tombe. N'admirez-vous pas tant de foi profonde et de naïve imagination ? N'y a-t-il pas quelque chose d'émouvant dans cette impuissance à réaliser sa pensée et à vouloir l'embrasser quand même ? — Que ce soit l'affaire des archéologues, je ny contredis point. Eh ! c'est précisément cette impuissance qui me rebute. Je n'ai pas à juger des intentions, mais de la fin, et si je suis choqué, je ne puis être ému. Au fond, que m'importent ces grotesques ? Leur ruine même m'est indiffé- rente. Pour qu'une chose mutilée m'arrache des larmes, il faut d'abord qu'elle relève de la beauté. Si quelque chose ici flatte les sens, c'est dans certaines portions de la pierre, frustes comme ces roches marines excavées où le poreux le dispute au poli, et cela ne s'adresse qu'au toucher. A tout prendre, je préfère à ces grossières rêveries proje- tées d'un cerveau d'enfant peureux, le pilier central du portail, fait d'animaux aux ailes entre- croisées. La faune décorative du Moyen-Age a de ces inventions charmantes. On peut en dire autant des palmettes de l'archivolte et des rosaces du linteau : il n'y a rien là qui ne soit du goût le plus délicieux.

Cependant, dans cette manière, j'inclinerais plutôt vers les chapiteaux du cloître, d'une si délicate ciselure. Et le cloître lui-même me ravit tout entier. Enfin je découvre une figure de raison

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