Page:Nansen - La Norvège et l'Union avec la Suède, trad Rouy, 1905.djvu/57

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résumé de l’histoire de l’union

peut nier combien est légitime le profond ressentiment qui, depuis lors, couve encore chez le peuple norvégien. Certes, notre peuple avait été imprudent en négligeant sa défense, mais il avait justement prouvé par là que, pour lui, la fraternité avec la Suède n’est pas, une simple phrase, qui sert dans les grandes circonstances, mais une réalité qui avait pénétré toute la vie intellectuelle de notre pays, en excluant toute idée d’hostilité envers nos voisins. Nous autres Norvégiens, nous sommes persuadés que la Suède ne réussirait pas à conquérir la Norvège et à la conserver ; mais, prévoyant les innombrables malheurs qu’une guerre fratricide amènerait sur nous-mêmes, et sur toute la Scandinavie, nous ne nous sentirons pas en sûreté tant que le peuple suédois n’aura pas lui-même, grâce à de nouvelles formes constitutionnelles, pris complètement en main le gouvernement de ses affaires, et rendu tout à fait impossible une reprise de ce que la royauté avait préparé en 1821 sous des influences suédoises, et de ce que le parti de la première Chambre a voulu provoquer en 1895.

Mentionnons ici un exemple montrant ce pouvoir du parti « des classes supérieures. »

Le ministre d’État, Louis de Geer, jouit en Suède d’une grande considération comme un des hommes d’État les plus éminents de notre époque ; c’est lui, qui, après bien des années de labeur, réussit à faire passer en 1865 une loi modifiant le mode de représentation, et par suite de laquelle les quatre États du royaume