Page:Nerciat - Félicia.djvu/267

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entretien devint encore plus intéressant. Je ne voyais pas le visage de mon causeur. Il refusait opiniâtrement de se démasquer, s’excusant sur une laideur qu’il disait capable de m’effrayer, mais tirait avantage d’une jambe bien tournée et d’assez belles mains, dont une était ornée d’un gros brillant.

Je n’y tenais plus : le feu de mon visage, quelques monosyllabes… cet air distrait, que caractérise si bien la violence des désirs, annonçaient à mon cher masque combien il avait su me plaire et qu’il pouvait devenir encore plus heureux. Il n’hésita pas à m’en proposer les moyens. — Que risqué-je à l’abri de ce masque ? dit-il, en se rendant aussi familier que le lieu pouvait le permettre. Que risqué-je ? si vous me refusez, je suis honteux, et vous ignorerez à qui vous avez fait un affront… que l’excès de la passion me rendrait mille fois plus sensible ; mais si je suis assez fortuné… Ah ! belle Félicia !… quittons cette salle !… Osez. — Comment, vous n’y pensez pas ! avec qui ?… Cruel ! vous exigez de moi cet excès de complaisance et vous me refusez… Je ne puis… Où voulez-vous donc ?… Non, je demeure… Vous m’entraînez !… Voilà le comble de l’extravagance. — Nous sortions.

Il me dit bien bas, en descendant, qu’au lieu de nous servir de mon carrosse ou du sien, je ferais bien de m’esquiver furtivement dans une brouette, qui me conduirait jusqu’à la première place de voitures, et que de là nous nous rendrions chez lui. Il fallait que j’eusse perdu la tête : je consentis à tout, ou plutôt je n’eus pas la présence d’esprit de m’opposer à rien.




CHAPITRE VIII


Aventures nocturnes.


Nous eûmes bien de la peine à trouver une voiture. Celle qui nous échut était peut-être la plus désagréable de toutes