Page:Nerciat - Félicia.djvu/288

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siens savait les faire renaître ; il me faisait goûter de nouveaux ravissements, dont j’aurais été privée, s’il eût partagé jusque-là tous mes plaisirs.

Que les hommes aussi délicats sont rares ! le plus grand nombre, au contraire, nous regardant comme des machines destinées à les amuser un moment, se hâtent de remplir un objet grossier et refroidi ; repus nous laissent en proie à des flammes dévorantes ; d’autres, se piquant d’une inutile vigueur, tirant vanité de leur force, nous fatiguent, mais ignorent l’art enchanteur de donner du plaisir ; souvent aussi, ces sylphes délicats qui savent enflammer, suspendre, par mille charmants préludes, le moment de la jouissance, manquent tout à fait lorsqu’il est temps enfin de réaliser, ou finissent très mal ce qu’ils ont très bien commencé. Ceux enfin qui, semblables à d’Aiglemont, ont à la vérité le solide et l’agréable, mais font un métier d’amuser toutes les femmes ; ces hommes banaux ne valent point encore mon aimable marquis, dont l’âme appartenait tout entière à qui possédait la personne. J’avais tout avec lui ; j’étais assurée qu’il ne sortait point de mes bras pour voler dans ceux de la première femme qui lui aurait fait quelque agacerie, je n’avais à craindre ni partage, ni indiscrétion. J’étais, en un mot, parfaitement heureuse, et, pour la première fois, sans doute, j’aimais tout de bon.




CHAPITRE XVI


Négociations de Dupuis. — Ce qui en arriva.
Lettre de Mme de Kerlandec.


Cependant, l’intrigant Dupuis avait tâché de servir le comte auprès de Mme de Kerlandec. Ce domestique, doué d’un esprit liant, avait réussi sans peine à gagner la con-