Page:Nerciat - Félicia.djvu/317

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CHAPITRE XXVIII


Qui n’étonnera point ceux qui se connaissent en Béatin. — Comment le même projet se formait en même temps en deux endroits.


Un loup tombé dans un piège, entouré de bergers et de chiens, dont les abois lui annoncent une mort prochaine ; un voleur pris sur le fait par un commissaire, accompagné de ses sbires, n’est pas plus consterné que le fut l’indigne Béatin, entendant prononcer des noms si foudroyants pour lui. Je quittai ma calèche et fus me jeter au col de milord Sydney, en le nommant mon père. Sylvina frémit à l’aspect de l’odieux oratorien. Milord, à qui je venais de le présenter, le couvrait d’un regard d’indignation. On se plaça ; le noir Béatin, debout et tremblant, s’attendait à quelque orage.

Ce fut mon père qui porta la parole. — Vous mériteriez, homme de bien, lui dit-il, que, vous faisant connaître de vos supérieurs, nous attirassions sur vous des châtiments dignes de toutes vos noirceurs. Vous vous jouez donc tour à tour de la religion et de la confiance des hommes ? Vous avez toutes les passions, elles font naître quelquefois des vertus ; chez vous, elles n’ont engendré que des vices abominables ! Laissez-nous ; tâchez de devenir honnête homme, et songez, surtout, que si jamais vous nous donnez le moindre sujet de plainte… rien ne pourra vous soustraire aux effets de notre ressentiment. Sortez !

Quoique le moine dût s’estimer trop heureux d’en être quitte à si bon marché, l’orgueil, la fureur l’égarèrent. Non seulement il foula cruellement la petite chienne de ma mère, en feignant une maladresse, mais encore, il balbutia quelques injures, en traversant l’antichambre. Un laquais, ayant distingué quelque chose, lui barra le passage et le repoussa d’un coup de poing : mon père, entendant du