Page:Nerciat - Félicia.djvu/319

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aujourd’hui. Je ne prétends plus au bonheur inestimable de posséder la belle Zéila ; le Ciel, qui daigne me rendre ce que l’iniquité des hommes m’avait enlevé, m’apprend à restituer à chacun ce qui lui appartient. Que milord Sydney soit heureux. Mais, mes amis, puis-je espérer de l’être à mon tour pendant le peu de jours qui me restent encore ?… Serais-je digne de donner mon nom à l’aimable Félicia, ma bienfaitrice, à qui tout ce que je possède au monde et ma vie même appartiennent plus qu’à moi ? Milord, faites un fils de celui qui, tour à tour, voulut répandre votre sang et versa le sien à cause de vous. Félicia, fille de Zéila, ne me dédaignez pas par cette mince raison, qui fait que je vous suis plus attaché. Venez tous ; que je ne sois plus pour vous un objet de haine. Comblez mes vœux, et je cesserai d’être un objet de pitié… Zéila ! milord Sydney ! je pourrai vous voir. Oui, je le sens… je vous attends avec l’empressement et l’amour d’un fils qui ne sentit jamais rien faiblement et qui, cessant de vous craindre, ne peut plus que vous chérir. Adieu. »

Cette lettre exaltée nous fit beaucoup de plaisir, mais un peu de peine en même temps. Le style du comte prouvait qu’il avait écrit dans le moment du choc de plusieurs sentiments difficiles à concilier. L’effet que le physique pouvait en avoir ressenti nous donnait de l’inquiétude. Nous répondîmes et promîmes pour le soir, pourvu que le chirurgien, qu’on devait consulter avant de remettre notre billet, jugeât le malade en état de supporter la révolution que notre visite ne pouvait manquer de lui occasionner.




CHAPITRE XXVIII


Espèce d’épisode.


En effet, une heure après, on vint nous avertir qu’il était inutile de nous rendre chez le comte. Il avait de la fièvre, le repos lui était nécessaire.