Page:Nerlinger - Billets d'automne, 1893.djvu/32

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Pourquoi ce soir, plus que les autres, ai-je ressenti plus que d'habitude l’amer- tume désolée de cette affection que nous éprouvons parfois si violemment, nous au- tres qui sommes nés au pays d'Alsace, le Heimweh? Peut-être est-ce la faute à la cloche de Saint-Sulpice, entendue en ren- trant et dont le son ressemble si étrange- ment à la Zehnerglock', notre vicille cloche de dix heures de Strasbourg ! Dans ce coin isolé du Luxembourg, loin du fracas de Paris, on pouvait vraiment se croire là-bas et se sentir bercé par cette mélo- dieuse chanson d’airain.

Je me retrouvais en pensée dans ce Strasbourg, revu pour la première fois, il y a quelques mois, après bien des années d'absence. Pour rien au monde je n’eusse manqué d'écouter cette prière mélancolique que lance chaque soir, depuis tant d’an- nées, par-dessus la ville assoupie, l'antique cloche. J'étais allé avec des amis au Fran-