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VOYAGE EN ORIENT.

temps le força de séjourner seize jours à Cythère avec Hélène qu’il enlevait à son époux. On montre encore, il est vrai, la fontaine qui fournit de l’eau à l’équipage, le bassin où la plus belle des femmes lavait de ses mains ses robes et celles de son amant ; mais une église a été construite sur les débris du temple, et se voit au milieu du port. Rien n’est resté non plus sur la montagne du temple de Vénus Uranie, qu’a remplacé le fort Vénitien, aujourd’hui gardé par une compagnie écossaise.

Ainsi la Vénus Céleste et la Vénus populaire, révérées, l’une sur les hauteurs et l’autre dans les vallées, n’ont point laissé de traces dans la capitale de l’île, et l’on s’est occupé à peine de fouiller les ruines de l’ancienne ville de Scandie, près du port d’Avlémona, profondément cachées dans le sein de la terre ; là, peut-être, on retrouverait quelques monuments de la troisième Vénus, l’aînée des Parques, l’antique reine du mystérieux Hadès.

Car, il faut bien le remarquer, — pour sortir du dédale où nous ont égarés les derniers poètes latins et les mythologues modernes, — chacun des grands dieux avait trois corps et était adoré sous les trois formes : du ciel, de la terre et des enfers ; cette triplicité ne peut avoir, d’ailleurs, rien de bizarre au jugement des esprits chrétiens, qui admettent trois personnes en Dieu.

Le port de San-Nicolo n’offrait à nos yeux que quelques masures le long d’une baie sablonneuse où coulait un ruisseau, et où l’on avait tiré à sec quelques barques de pêcheurs ; d’autres épanouissaient à l’horizon leurs voiles latines sur la ligne sombre que traçait la mer au delà du cap Spati, dernière pointe de l’île, et du cap Malée, qu’on apercevait clairement du côté de la Grèce. Personne ne vint, au moment où nous débarquions, nous demander nos papiers ; les îles anglaises n’abusent pas des lois de police, et, si leur législation aboutit encore à un fouet par en bas, et par en haut à un gibet, les étrangers du moins n’ont rien à craindre de ces modes de répression.

J’étais avide de goûter les vins de la Grèce, au lieu de l’é-