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VOYAGE EN ORIENT.

avec trois cents Palikares, la résistance des trois cents Spartiates. On applaudissait vivement ce drame hellénique, qui, après s’être développé selon les règles classiques, se terminait par des coups de fusil.

En retournant au bateau à vapeur, j’ai joui du spectacle unique de cette ville pyramidale éclairée jusqu’à ses plus hautes maisons. C’était vraiment babylonian, comme dirait un Anglais.

J’ai quitté à Syra le paquebot autrichien pour m’embarquer sur le Léonidas, vaisseau français qui part pour Alexandrie, c’est une traversée de trois jours.

L’Égypte est un vaste tombeau ; c’est l’impression qu’elle m’a faite en abordant sur cette plage d’Alexandrie, qui, avec ses ruines et ses monticules, offre aux yeux des tombeaux épars sur une terre de cendres.

Des ombres drapées de linceuls bleuâtres circulent parmi ces débris. Je suis allé voir la colonne de Pompée et les bains de Cléopâtre. La promenade du Mahmoudieh et ses palmiers toujours verts rappellent seuls la nature vivante…

Je ne parle pas d’une grande place tout européenne formée par les palais des consuls et par les maisons des banquiers, ni des églises byzantines ruinées, ni des constructions modernes du pacha d’Égypte, accompagnées de jardins qui semblent des serres. J’aurais mieux aimé les souvenirs de l’antiquité grecque ; mais tout cela est détruit, rasé, méconnaissable.

Je m’embarque ce soir sur le canal d’Alexandrie à l’Atfé ; ensuite je prendrai une cange à voile pour remonter jusqu’au Caire : c’est un voyage de cinquante lieues que l’on fait en six jours.