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LES FEMMES DU CAIRE.

le comparer au goddam des Anglais, à moins que ce ne soit pour marquer la différence qu’il y a entre un peuple certainement fort poli et une nation tout au plus policée. Le mot tayeb veut dire tour à tour : Très-bien, ou voilà qui va bien, ou cela est parfait, ou à votre service, le ton et surtout le geste y ajoutant des nuances infinies. Ce moyen me paraissait beaucoup plus sûr, au reste, que celui dont parle un voyageur célèbre, Belzoni, je crois. Il était entré dans une mosquée, déguisé admirablement et répétant tous les gestes qu’il voyait faire à ses voisins ; mais, comme il ne pouvait répondre à une question qu’on lui adressait, son drogman dit aux curieux : « Il ne comprend pas : c’est un Turc anglais ! »

Nous étions entrés, par une porte ornée de fleurs et de feuillages, dans une fort belle cour tout illuminée de lanternes de couleur. Les moucharabys découpaient leur frêle menuiserie sur le fond orange des appartements éclairés et pleins de monde. Il fallut s’arrêter et prendre place sous les galerie intérieures. Les femmes seules, montaient dans la maison, où elles quittaient leurs voiles, et l’on n’apercevait plus que la forme vague, les couleurs et le rayonnement de leurs costumes et de leurs bijoux, à travers les treillis de bois tourné.

Pendant que les dames se voyaient accueillies et fêtées à l’intérieur par la nouvelle épouse et par les femmes des deux familles, le mari était descendu de son âne ; vêtu d’un habit rouge et or, il recevait les compliments des hommes et les invitait à prendre place aux tables basses dressées en grand nombre dans les salles du rez-de-chaussée et chargées de plats disposés en pyramides. Il suffisait de se croiser les jambes à terre, de tirer à soi une assiette ou une tasse et de manger proprement avec ses doigts. Chacun, du reste, était le bienvenu. Je n’osai me risquer à prendre part au festin, dans la crainte de manquer d’usage. D’ailleurs, la partie la plus brillante de la fête se passait dans la cour, où les danses se démenaient à grand bruit. Une troupe de danseurs nubiens exécutaient des pas étranges au centre d’un vaste cercle formé