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APPENDICE.

trois paniers chez le Cophte ; elle demande s’il est là ; on lui dit que oui ; elle se présente et dit :

— Ô Mahlem-Hannah ! fais-moi la grâce d’accepter ceci, et d’obtenir la délivrance de mon mari.

— Quel est-il, ton mari ?

— C’est le fellah qui doit mille piastres.

— Apportes-en deux ou trois cents comme tribut au cheik-el-beled.

La femme va chercher de l’argent et délivre son mari.

On voit par là que la comédie sert, pour le peuple, à donner des avertissements aux grands et à obtenir des améliorations et des réformes ; c’était souvent le sens et le but de l’art dramatique du moyen âge. Les Égyptiens en sont encore là.


VI — LES MAISONS DU CAIRE


La métropole moderne de l’Égypte se nomme en arabe Al-Kahira, d’où les Européens ont formé le nom de le Caire. Le peuple l’appelle Masr ou Misr, ce qui est aussi le nom de toute l’Égypte. La ville est située à l’entrée de la vallée de la haute Égypte, entre le Nil et la chaîne orientale des montagnes du Mokatam ; elle est séparée de la rivière par une langue de terre presque entièrement cultivée, et qui, du côté du nord, où se trouve le port de Boulaq, a plus d’un quart de lieue de large, tandis que sa largeur n’en atteint pas la moitié du côté du midi.

Un étranger qui ne ferait que parcourir les rues du Caire croirait que cette ville est resserrée et n’offre que peu d’espace ; mais celui qui voit l’ensemble du haut d’une maison élevée ou du minaret d’une mosquée s’apercevra bientôt du contraire. Les rues les plus fréquentées ont généralement une rangée de boutiques de chaque côté. La plupart des rues écartées sont munies de portes en bois placées à chacune des extrémités ; ces portes sont fermées la nuit et gardées par un portier, chargé d’ouvrir à tous ceux qui veulent y passer. Ce qu’on appelle