Page:Nichault - Laure d Estell.djvu/123

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— Non, madame, reprit-il d’un ton sérieux : l’amitié que je porte à Frédéric, m’engage à pénétrer parfois des secrets qu’il croit devoir me cacher et qui le rendent malheureux. J’ai deviné sans peine qu’il vous aimait ; je vous dirai même plus, j’ai pressenti ce malheur dès la première fois que je vous ai vue ; il faut une force d’âme surnaturelle pour résister au charme le plus séduisant, et Frédéric en était incapable ; il devait vous adorer et vous rendre l’arbitre de sa destinée ; j’ignore le sort que vous lui réservez, mais si quelqu’un a le droit d’aspirer au bonheur, c’est bien celui qui joint tant de vertus à la grâce la plus aimable.

Tu ne saurais te peindre le trouble où ce discours me jeta. Je cherchais à y répondre quand M. Billing vint rompre l’entretien : peu de temps après sir James sortit et je ne le revis pas du reste de la soirée ; j’en eus quelques regrets ; je suis bien décidée à ne pas manquer l’occasion de lui faire savoir à quel point je désapprouve l’amour de Frédéric, et que s’il parvenait à l’en guérir par ses conseils, il me sauverait le chagrin de rendre malheureux un frère que j’aime tendrement ; je serais désolée qu’il pensât un seul instant que j’aie laissé la moindre lueur d’espérance à Frédéric ; s’il pouvait me supposer capable d’une aussi barbare coquetterie, je sens que j’en éprouverais une douleur inconsolable.