Page:Nichault - Un mariage sous l empire.djvu/252

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loin d’elle ; puis il la questionna sur l’état de son cœur. C’est par-là que commencent toutes les conversations de bal ; mais ce qui distingua celle-ci, ce fut la franchise d’Ermance à convenir de l’amour qu’elle avait pour son mari.

De tous les souverains qui se sont avisés d’aimer leurs sujettes, Napoléon est peut-être le seul qu’un refus n’ait jamais irrité. On cite l’exemple d’une jeune femme près de laquelle il voulut faire valoir d’anciens droits acquis avant son mariage et qui, s’étant refusée à tromper son mari, avait toujours été depuis respectée et protégée par l’empereur. Jaloux à l’excès, il aimait à trouver, fût-ce même dans la femme qu’il désirait le plus séduire, un exemple de fidélité conjugale ; c’était une garantie pour celle qu’il exigeait de l’impératrice ; et cette vertu, qu’il devait croire assez rare, lui faisait toujours plaisir à rencontrer.

Cet entretien entre les deux masques était interprété par tous ceux qui le remarquaient d’une manière différente.

— C’est quelque nouvelle faveur qu’elle demande pour son mari, disaient les ambitieux.

— Il la gronde sans doute de voir tant de ces bégueules du faubourg Saint-Germain, disaient les parvenus.

— Le pauvre Lorency fait bien d’être en Turquie, disaient les jeunes gens.

Mais les femmes passaient et repassaient le plus près possible des deux masques dont on s’occupait, dans l’espoir d’attraper quelque mots de leur conversation.

Pendant ce temps, le comte Albert, pâle, abattu, le coude appuyé sur une console, suivait des yeux Ermance et l’auguste domino qui lui donnait le bras. Si l’idée de combattre le souvenir d’un mari infidèle intimidait son amour, on peut se figurer ce que cette nouvelle rivalité lui inspirait de crainte, ou plutôt de désespoir ; il en était dominé au point de ne pas entendre ce que lui disaient plusieurs petits masques dont les agaceries dédaignées se changeaient aussitôt en injures, ou bien qui, devinant sans peine la cause de sa préoccupation, en faisaient tout haut des plaisanteries offensantes pour madame de Lorency.