Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/70

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— Ils étaient donc une bande ? demanda la marquise.

— Apparemment, s’il faut en croire les gens de madame d’Herbelin qui racontent le fait chacun à leur manière ; mais madame peut vous dire ce qui en est, ajouta-t-il en montrant Lydie, car elle n’aura sûrement pas mieux dormi que les autres.

Il ne fallait que la regarder pour en être certain. Son trouble, à chaque détail qu’ajoutait M. de Saumery, à propos des événements de cette malheureuse nuit, prouvait assez qu’elle en avait souffert plus que personne. Dans la pénible obligation de répondre, elle dit en peu de mots et d’une voix qu’on entendait à peine, qu’en effet les cris de madame Le Noir avaient alarmé toute la maison, mais qu’elle s’était probablement effrayée mal à propos, car on n’avait découvert aucun indice.

— J’en étais bien sûr, interrompit Gustave, qui épiait l’occasion de venir au secours de Lydie ; c’est avec toutes ces terreurs paniques qu’on assure le succès des voleurs, et maintenant ils pourraient venir enlever dix fois madame Le Noir avant que personne accourût à ses cris. C’est du moins ce qu’elle mériterait pour lui apprendre à faire tant de vacarme pour une vision.

— Voilà une punition bien sévère, dit en riant madame de Révanne, et qui se ressent de la chute de Gustave. Mais il faut lui pardonner sa rigueur extrême ; il est dans un de ces moments d’humeur où les princes ne signent jamais la grâce d’un coupable.

— C’est peut-être bien, reprit Gustave, parce qu’ils ne peuvent s’accorder la leur ! On n’est jamais moins indulgent que lorsqu’on a quelque sottise à réparer.

— Oh ! oh ! s’écria M. de Saumery, ceci ressemble à une confession ; et je prierais Gustave de nous la faire tout entière, si nous ne savions de reste comment on pèche à son âge.

Cette plaisanterie en amena beaucoup d’autres sur les folies de jeunesse. Chacun voulut raconter la sienne, en la terminant par ces mots : Ah ! c’était le bon temps ! Excédé de ce continuel refrain, Gustave se pencha vers madame de Civray, et lui dit :

— Ne penseriez-vous pas, à les entendre, que de leur temps il n’y avait ni tourments ni obstacles ?