Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/71

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— Non, répondit-elle avec un sourire charmant ; je pense plutôt que le bonheur d’être aimé les leur faisait oublier.

Cette réponse triompha de la maussaderie de Gustave ; et il finit par croire qu’il pourrait bien dire aussi quelque jour, en parlant de sa triste aventure : Ah ! c’était le bon temps !



XV


L’automne finissait ; madame de Révanne avait fixé à cette époque son retour à Paris ; son fils, que ce retour devait séparer de Lydie, en retardait sans cesse le moment sous différents prétextes. Tantôt c’était une coupe de bois ou des plantations, une partie de chasse ; mais toutes ces ressources commençaient à s’épuiser ; Gustave imagina de s’en créer une autre, en persuadant à sa mère que la tranquillité de Paris n’était pas encore assez rétablie pour que la femme d’un émigré pût y demeurer sans danger.

— Eh bien, avait répondu la marquise, j’attendrai l’avis de Robertin pour me mettre en route. Justement son ministre l’envoie à Rennes cette semaine ; et, sa mission remplie, il viendra sans doute passer quelques jours ici.

— Quoi ! nous allons voir encore ce vilain homme.

— Ah ! Gustave, pouvez-vous nommer ainsi celui qui m’a sauvé la vie !

— J’ai tort, il est vrai ; mais aussi comment se persuader qu’une bonne action soit sortie d’une telle âme ? Quand on pense au nombre de victimes que ses dénonciations ont conduites à l’échafaud, il est bien permis de croire que s’il en a sauvé une, c’est par mégarde.

— C’est possible ; mais un plus honnête homme ne m’aurait pas rendu le même service, et ne se serait pas mieux acquitté de ceux qu’il avait reçus dans un temps où je ne me doutais pas qu’en donnant mon argent au père, je payais ma rançon au fils.

— Voilà qui me confond ; je ne saurais accorder le plus noble des sentiments que le ciel nous inspire, la reconnais-