Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/77

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n’a plus que vous pour objet. Conduisez-moi dans ce sentier obscur où, dès les premiers pas, on rencontre un abîme ; aidez-moi à le suivre sans m’égarer, et puisque je n’y dois plus rencontrer le bonheur, qu’une noble résignation me rende au moins digne de la main qui me guide.

— Céleste confiance ! s’écria la marquise en embrassant son fils, éternelle ambition d’une mère, te voilà satisfaite ! je suis le meilleur ami de mon fils… Va, ce moment acquitte tous mes soins ; et je veux que la joie qu’il me cause soit ta première consolation. Laisse-moi désormais m’occuper seule des moyens de te rendre au bonheur. Ne songe qu’à la gloire : tu dois en acquérir ; l’heure approche où toute la jeunesse française, sans aucune exception, sera appelée à partager les succès de nos armées. Si je n’étais que ta mère, la crainte de t’exposer aux hasards de la guerre me ferait te conjurer de choisir un état moins périlleux ; mais, comme ton amie, je dois t’avouer que cette carrière est la seule honorable dans un pays gouverné comme le nôtre.

— Ah ! ma mère ! vous me rendez la vie, en me permettant de la consacrer à mon pays. C’était le premier vœu de mon âme, et si je n’avais craint…

— Sois tranquille ; j’ai tout prévu ; et tu sauras plus tard ce qu’il nous reste à faire pour arriver à notre but. Avant tout, il faut partir et partir sans la revoir : mais non pas sans lui dire que tu l’as confiée aux soins d’une amie qui ne reste en ces lieux que pour adoucir ses regrets et soutenir son courage. Écris, ajouta la marquise en approchant une table ; dis-lui que je l’attends ici, non pour la blâmer et l’affliger, mais pour la soigner et la plaindre.

À ces mots, la marquise sortit pour venir m’ordonner les préparatifs du départ de mon maitre. Deux heures après, il monta à cheval, prit la route de Rennes, où je le rejoignis le soir même, après avoir porté ses adieux à Lydie, et en avoir reçu la réponse qu’il relisait encore lorsque nous arrivâmes à Paris.