Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/78

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XVI


Malgré de sincères regrets et la meilleure volonté d’être triste, il n’y avait pas moyen d’échapper aux distractions de tous genres que Paris offrait alors à ceux qu’y ramenaient l’intérêt, la curiosité, le malheur, ou l’espérance. C’était un bruit, un mouvement perpétuel, un besoin de mettre à profit chacun de ses jours comme autant de vols faits à la Parque révolutionnaire, et qu’elle pourrait bien réclamer au premier signal ; c’était surtout cette égalité établie par le malheur, qui fait que personne n’est humilié du sien. Ceux qu’un injuste décret avait dépouillés de leur fortune riaient aux dépens de ces nouveaux enrichis, aussi honteux de leur origine que fiers de leur argent ; et de là s’établissait entre eux une sorte de commerce dont les bénéfices étaient assez également partagés. Le parvenu voulait briller, donner de grands repas, des fêtes ; car, que faire en un palais à moins que l’on n’y danse ? L’ancien propriétaire voulait se divertir et se parer encore aux yeux du monde des avantages qu’une éducation distinguée et des manières élégantes lui donnaient sur l’ignorance et la grossièreté de ces Turcarets nouveaux. Ainsi l’un payait le festin dont l’autre faisait l’agrément, et la gaieté gagnait beaucoup à ce marché, car chacun sait que l’esprit ne s’amuse jamais mieux qu’aux dépens de la sottise.

Après nous être installés dans un des beaux hôtels du faubourg Saint-Honoré, que madame de Révanne avait eu le bonheur de conserver en le consacrant aux infirmes de la section, qui en avaient fait une espèce d’hôpital, nous commençâmes par y disposer un appartement en état de recevoir la marquise. Les soins que prit Gustave d’y réunir tout ce qui pouvait être commode et agréable à sa mère fut le premier plaisir qui vint le distraire : il s’obstinait à n’en point chercher d’autres ; mais il fut bientôt assiégé par les compagnons de son enfance, qui, se joignant aux amis de sa mère,