Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/80

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conseils de l’amitié ainsi qu’elle se rendait aux prières de l’amour. Vous-même lui avez donné l’exemple, pourquoi son courage serait-il moins héroïque que le vôtre ?

— L’ai-je quittée pour me jeter dans les bras d’une autre ? Ah ! j’en atteste le ciel, si elle s’était réservée à mon amour, la plus belle femme du monde ne m’aurait pas rendu infidèle.

— Quoi ! pas même madame T*** ? Il me semble pourtant que monsieur la trouve bien séduisante, si j’en juge par tout ce qu’il m’en dit depuis le jour où M. de Léonville l’a présenté chez elle.

— Il est vrai qu’elle est d’une beauté enchanteresse ; mais je n’y aurais peut-être pas fait attention, sans la célébrité dont elle jouit et les bonnes actions qui la parent. C’est même cette réputation de bonté qui m’a d’abord attiré chez elle ; ma mère, instruite par la reconnaissance de ses amis des services importants que madame T*** a rendus à plusieurs émigrés, m’avait chargé d’en obtenir un nouveau en faveur de M. de Civray. C’était mettre ma générosité à une grande épreuve ; mais, le sacrifice étant fait, je ne pouvais me refuser aux accessoires qui devaient ajouter à sa pompe, et j’ai accepté cette commission dont M. de Léonville se serait d’ailleurs aussi bien acquitté que moi ; car tu sais qu’on peut faire une action généreuse sans lui voler quelque chose, surtout quand il s’agit d’obliger ma mère.

— En effet ce M. de Léonville lui paraît bien dévoué, cela m’explique pourquoi je l’aime déjà sans le connaître autrement que pour l’avoir vu quelquefois ici ; mais j’avais remarqué son goût, ses soins délicats, lorsqu’il vous aidait de ses conseils dans l’arrangement de l’appartement de madame. Comme il se rappelait tout ce qu’elle préfère ! Ah ! cette mémoire-là ne vient que du cœur !

— Aussi le sien est-il digne de l’amitié de ma mère, reprit gravement Gustave, comme pour m’interdire toute autre idée sur les sentiments de M. de Léonville pour la marquise.

Il aurait pu s’en épargner la peine ; car, malgré mon opinion sur la plupart des femmes, et la difficulté bien reconnue de les aimer longtemps sans succès, madame de Révanne était