Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/291

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15.

J’ai entendu de pieux hallucinés de l’arrière-monde dire à leur conscience des paroles comme celle-ci et, en vérité, sans malice ni raillerie, — quoiqu’il n’y ait rien de plus faux sur la terre, ni rien de pire.

« Laissez donc le monde être le monde ! Ne remuez même pas le petit doigt contre lui ! »

« Laissez étrangler les gens qui voudra, qui voudra les égorger, les frapper, les maltraiter et les écorcher : ne remuez même pas le petit doigt pour vous y opposer. Ainsi ils apprennent à renoncer au monde. »

« Et ta propre raison tu devrais la ravaler et l’égorger ; car cette raison est de ce monde ; — ainsi tu apprends toi-même à renoncer au monde. » —

— Brisez, brisez-moi, ô mes frères, ces vieilles tables des dévots ! Brisez dans vos bouches les paroles des calomniateurs du monde ! —

*
*           *


16.

« Qui apprend beaucoup, désapprend tous les désirs violents » — c’est ce qu’on se murmure aujourd’hui dans toutes les rues obscures.

« La sagesse fatigue, rien ne vaut la peine ; tu ne dois pas convoiter ! » — j’ai trouvé suspendue cette nouvelle table, même sur les places publiques.

Brisez, ô mes frères, brisez même cette nouvelle table ! Les gens fatigués du monde l’ont suspendue, les prêtres de la mort et les estaffiers : car voici, c’est aussi un appel à la servilité ! —