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AURORE

vidu par le criminel est de même espèce que celui que leur causent les malades ; les malades répandent les soucis, la mauvaise humeur, ils ne produisent rien et dévorent le revenu des autres, ils ont besoin de gardiens, de médecins, d’entretien, et ils vivent du temps et des forces des hommes bien-portants. Néanmoins, on considérerait maintenant comme inhumain celui qui voudrait se venger de tout cela sur le malade. Il est vrai qu’autrefois on agissait ainsi ; dans les conditions grossières de la civilisation et maintenant encore, chez certains peuples sauvages, le malade est considéré comme criminel, comme danger pour la communauté et comme siège d’un être démoniaque quelconque, qui, par la suite de sa faute, s’est incarné en lui ; — c’est alors que l’on dit : tout malade est un coupable ! Et nous, ne serions-nous pas encore mûrs pour la conception contraire ? N’aurions-nous pas encore le droit de dire : tout « coupable » est un malade ? — Non, l’heure n’est pas encore venue pour cela. Ce sont les médecins qui manquent encore avant tout, les médecins pour qui ce que nous avons appelé jusqu’ici morale pratique devra se transformer en un chapitre de l’art de guérir, de la science de guérir ; l’intérêt avide que devraient provoquer ces choses manque encore généralement, un intérêt qui ne paraîtra peut-être pas un jour sans ressemblance avec les agitations troublées que provoquait autrefois la religion ; les églises ne sont pas encore entre les mains de ceux qui soignent les malades ; l’étude du corps et du régime sanitaire n’appartient pas encore à l’enseignement obligatoire de toutes les