Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/160

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la grande passion et au sacrifice ‘qu’occasionnçe cette l . passion. L’art, à vrai dire, ne saurait nous sertrir de guide et d’éducateur dans l'action immédiate; dans cet Ordre d'idées l'artiste n'est jamais un mentor et un con- seiller. LeS, objets auxquels aspirent les héros tragiques ne sent pas indistinctement et par excellence lesllbuts les plus dignes d’aspiration. Tant que l’art nous tient ë sous son charme, notre évaluation des choses apparaît Y déformée comme dans un rêve. Ce que nous trouvons désirable, tant que dure ce charme, au point que [nous — f applaudissons au héros qui choisit la mort plutôt que d’y renoncer, possède rarementt dans la . vie réelle, la même valeur et nous paraît rarement digne des mêmes _ efforts. Cette disproportion tient précisément à ceci que f' l’art est l’activité de l’homme qui se repose.

Les luttes figurées par l’art apparaissent comme des simplifications des luttes réelles de“ la vie; ; les pro; blèmes évoqués par l’art sont des raccourcis du proi-Ï' blème 'infiniment compliqué de l’action .et de la v lonté humaine.Mais c’est précisément en ceci que réside 4. la grandeur et la nécessité absolue ' de l’art, qu’il fait naître l’apparence d‘un monde simplifié, le mirage- _d.'une solution plus rapide du problème de laiyie. Air—f" cun de 06m2: que la vie fait souffrir ne peut se passer de cette apparence, comme personne ne peut se passer de‘l‘ sommeil. Plus la [science des lois qui régissent lavieî devient difficile, plus nous aspirons à l'apparence de? cette simplification, ne dût—elle durer que quelques ins- tants ; plus forte devient aussi la tension entre la con-H naissance générale des choses et les facultés morales‘dé î- l’individu. C’est pour empêcher que l’arc“ nese’bfisÿî que l‘art existe.