Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/101

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imiter les écarts du génie, de regarder avec le regard de feu de celui-ci. C’est justement parce que, pour notre climat rigoureux, il est trop court-vêtu qu’il s’expose au danger de se refroidir plus souvent et plus gravement qu’un autre. Quand le public s’aperçoit de tout cela, il en est fort marri. Mais, si jamais il veut être guéri, il faut lui faire publiquement le diagnostic suivant :

Il y avait jadis un Strauss, savant courageux et sévère, ceint d’étoffes solides, qui nous était aussi sympathique que tous ceux qui, en Allemagne, servent la vérité, avec sérieux et énergie, et qui s’entendent à dominer dans les limites de leur activité. Celui qui aujourd’hui a acquis la célébrité devant l’opinion publique, sous le nom de Strauss, n’est pas ce qu’il était autrefois. C’est peut-être la faute des théologiens s’il est devenu cet autre homme. Bref, son jeu actuel, avec le masque du génie, nous paraît tout aussi détestable ou ridicule que sa gravité ancienne nous poussait au sérieux et à la sympathie. Il a déclaré récemment : « Ce serait de l’ingratitude à l’égard de mon génie si je ne me réjouissais pas d’avoir reçu, outre le don de la critique impitoyablement dissolvante, la joie innocente de la création artistique. » Il se peut donc que Strauss soit étonné de voir que, malgré ce témoignage qu’il se rend à lui-même, il y ait des hommes qui prétendent le contraire : d’une part qu’il n’a jamais possédé le don de la création