Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/57

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remplir la mesure des éloges naïfs, Strauss se permet encore de recommander le vieux Kant. Il parle de son Histoire et théorie générales du ciel, de l’année 1755, et dit : « C’est une œuvre qui m’a toujours semblé avoir une importance égale à la Critique de la raison, publiée plus tard. S’il faut admirer ici la profondeur des aperçus, on admirera là la largeur et l’étendue du coup d’œil ; ici c’est le vieillard qui tient avant tout à une connaissance certaine bien que limitée : là nous reconnaissons l’homme avec tout le courage de sa découverte et de sa conquête intellectuelles. » Ce jugement de Strauss sur Kant ne m’a pas paru plus modeste que celui qu’il porta sur Schopenhauer. Si nous avons ici le chef à qui il importe, avant tout, d’exprimer avec sûreté un jugement, si médiocre fût-il, là le célèbre prosateur se présente à nous et verse, avec le courage de l’ignorance, même sur Kant, l’extrait de ses louanges. Le fait véritablement incompréhensible que Strauss ne trouva dans la Critique de la raison de Kant rien qui pût servir à son testament des idées modernes et qu’il ne sut parler qu’au gré du plus grossier réalisme doit être compté précisément parmi les traits les plus caractéristiques, et les plus frappants de ce nouvel évangile, lequel se désigne d’ailleurs lui-même simplement comme le résultat, péniblement acquis, de longues études sur le domaine de l’histoire et de la science et qui, par conséquent, va jusqu’à renier l’élé