Page:Noailles - Les Éblouissements, 1907.djvu/133

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
128
LA COURSE DANS L’AZUR


Que votre main sur votre bouche
Presse tout ce qui brûle et luit ;
L’univers me semblait farouche,
Je fus amoureuse de lui !

Que m’importe votre doux âge !
On est fort avant d’être grand ;
Je suis née avec mon courage ;
Soyez un petit aigle errant.

Ah que pendant toute ma vie
Je puisse voir à mes côtés
Lutter votre âme ivre, ravie,
Vos bras, vos genoux exaltés !

Et, le jour où je serai morte,
Vous direz à ceux qui croiront
Que j’ai poussé la sombre porte
Qui mène à l’empire âpre et rond :

« Je l’ai laissée au bord du monde,
Où l’espace est si bleu, si pur.
Elle semblait vive et profonde
Et voulait caresser l’azur,

» Je n’ai pas eu le temps de dire :
« Que faites-vous ?… » Le front vermeil,
Je l’ai vue errer et sourire
Et s’enfoncer dans le soleil… »