Page:Noailles - Les Éblouissements, 1907.djvu/135

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L’ÉBLOUISSANT ORAGE


Ah ! je ne savais pas ce que c’était ! C’était
La lente oppression qui précède l’orage,
J’appuyais mes deux mains sur mon cœur ; j’écoutais
Frémir en moi la peur, la soif, la triste rage,

Je me levais, j’allais, les doigts en éventail,
Un sang rapide et chaud étourdissait ma tête ;
Et voici que j’entends sur le toit, le vitrail,
Bondir le vent divin et la fraîche tempête !

Le feuillage se tord, un arbre prend son vol,
La rose lutte et meurt, la feuille est rebroussée,
Le tonnerre éloigné roule un bruit sourd et mol,
C’est partout une odeur de foudre et de rosée.

Les oiseaux effrayés veulent se réunir,
Déjà des gouttes d’eau mouillent leurs tièdes ailes,
De chaque coin du ciel on voit l’ombre accourir,
Les arbres sont jetés l’un sur l’autre, et se mêlent.