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L’ÉBLOUISSANT ORAGE


Tout semble dévasté par l’ouragan brutal ;
C’est fini, l’ordre clair et chaud de la journée.
Ah ! qu’importe, je sais pourquoi j’avais si mal
Pourquoi mon âme était si chaude, si fanée,

Je sais pourquoi j’étais comme une enfant qui meurt,
Pourquoi j’étais comme une ardente fiancée,
Comme une rose avec trop d’âme et trop d’odeur ;
Maintenant cette angoisse infinie est passée.

C’était vous, bel orage, et non le dur amour
Qui cette fois serrait mes veines dans ma gorge,
Ce qui brûlait mon cœur si fragile et si lourd
C’était vos bleus enfers et c’était votre forge.

Et voici maintenant, orage délié,
Que votre eau lumineuse, éparse et vive coule,
Passez autour de moi ces chaînes ces colliers,
Ce liquide métal qui scintille et qui roule !

Frappez-moi, flots d’argent, ruisseaux venus du ciel !
Frappez l’acacia, le sapin, la nuée ;
Traversez l’univers, étendez votre miel,
Posez votre moelleuse et traînante buée.

Grains d’argent, grains luisants, semailles de fraîcheur,
Enveloppez le monde, ô mes sources obliques !
Pénétrez chaque point de terre, et chaque fleur,
Répandez votre immense et tintante musique ;