Page:Noailles - Les Vivants et les Morts, 1913.djvu/327

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PUISQUE J’AI SU PAR TOI…

Puisque j’ai su par toi que vraiment on mourait,
Visage étroit et froid, ô toi qui fus la vie,
Je suivrai d’un regard sans peur et sans envie,
Ce qui commence ainsi que ce qui disparaît.

C’est toi le premier front que j’ai vu sombre et pâle,
Après avoir connu ton rire illuminé,
Et tu m’as révélé l’inanité finale
Qu’on rejoint et qu’on fuit depuis que l’on est né.

Quels que soient désormais tous les deuils qui m’accablent,
Ces fantômes nouveaux n’enfonceront leurs pas
Que dans tes pas légers imprimés sur le sable,
Et leur cruel départ ne me surprendra pas.

Mais je meurs en songeant à ces futurs trépas,
Tout mon être est lié à des souffles instables,
C’est par vous, mes humains, que je suis périssable !