Page:Noailles - Passions et vanités, 1926.djvu/36

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Et pourtant on vous déchire et vous ingère avec indifférence, on vous a toujours connu, vous ne serez point détrôné, vous n’êtes pas distrayant. La gélinotte, oiseau infidèle, nourrie d’un lointain genièvre, abreuvée d’une rosée glacée, elle, nous intéresserait ! Message des forêts neigeuses et des sapins bleuâtres, elle nous apportait la saveur de l’écorce et de la moelle du bois de l’Oural dans sa chair résineuse, minutieusement stratifiée, composée d’odorantes échardes, délicieuse menuiserie ! Où est-elle ? Son nid s’est-il défait à jamais dans la mystérieuse Russie qui nous dispense encore l’adorable froidure vernie de son caviar ? Vous, turbot pailleté de gouttelettes d’argent, qu’une sauce de corail où, dans le brûlant velours, la crevette est recroquevillée en forme de petit escargot charnu, vous accompagne, et c’est à elle que va l’amusement et la curiosité du goût. Aussi, pendant votre passage éphémère autour de la table où diminue et s’abolit enfin votre apparence, la dame à l’esprit caustique