Page:Olympe Audouard Conference M Barbey-d'Aurévilly 1870.djvu/3

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et le ton, quand il ne s’occupe pas de ce qu’il exècre le plus au monde, je veux dire d’un bas-bleu, — oh ! le bas-bleu le fait bondir, la haine qu’il lui porte est irrécon­ciliable, c’est un sujet qui le grise, qui lui monte à la tête et lui fait perdre toute mesure. Dans cette ivresse, les phrases viennent comme elles peuvent, souvent grossières, quelquefois contradictoires, et elles manquent leur effet par leur exagération même. Si son talent de critique et d’auteur ne l’avait déjà rendu célèbre, la haine qu’il a vouée aux bas-bleus suffirait pour le sauver de l’oubli.

Mais il n’y a pas que les bas-bleus qu’il déteste ; ses antipathies s’étendent plus loin, et, pour nous consoler, nous pouvons nous dire qu’il nous met en assez bonne compagnie.

La philosophie moderne, les idées libérales sont pour lui des inspirations de l’enfer : elles poussent la société vers sa ruine, et la précipitent dans un abîme.

En politique, il est de l’école de Joseph de Maistre, qui disait que le gouvernement des peuples repose sur des principes immuables et de droit divin, dont la garde appartient à l’Église. Que tout doit être fait par les nobles et pour les nobles, et que les autres n’avaient qu’à s’occuper de botanique, pour ne pas se mêler de ce qui est hors de leur compétence.

Le mot de manant papillonne sur les lèvres de notre ennemi, celui de citoyen le met hors de lui, et je suis sûre qu’un des grands chagrins de sa vie est de n’avoir pas inventé la phrase célèbre de vile multitude.