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PREMIÈRE PARTIE


HENRI CORNÉLIS AGRIPPA DANS SA VIE
ET DANS SON ŒUVRE


I

Cette figure, intéressante pour l’histoire littéraire et le mouvement des idées libérales au xvie siècle, offre de singuliers contrastes. On va suivre son étrange destinée qu’après des alternatives de prospérité et de sombre misère l’on verra obscurément finir à l’improviste dans un coin de France, en Dauphiné. L’iconographie de ce cosmopolite est aussi abondante que ses biographies, dont pas une ne se ressemble. Incontestablement la meilleure de ses images, celle qui a été faite de son vivant et placée en tête de son édition in-folio de sa Philosophie occulte donnée à Cologne en 1533, représente une bonne physionomie très probablement conforme à la nature du modèle, comme, de son temps, Bayle a le mieux retracé son état d’âme et les péripéties de cette existence agitée. Mais il n’est point facile de faire un portrait fidèle d’un tel homme dont tout en lui peut apporter un démenti à la célèbre sentence de Publius Syrus[1].

En se pénétrant de ses écrits et des circonstances variées de sa vie, on arrive cependant à esquisser une ressemblance qui se rapproche de la vérité. Agrippa, avide de notoriété, porté d’instinct vers le nouveau et l’inconnu, incapable de se fixer quelque part, ramené de ses illusions brillantes par la force des choses à l’implacable réalité, hâbleur, vantard, en lutte perpétuelle avec les soucis, romanesque de fait et de tempérament, n’a pu nécessairement fournir toute la mesure du grand esprit qu’il laisse entrevoir comme précurseur de Descartes. Loin d’être dénué de talent, il était au contraire

  1. « Sermo animi est imago : qualis vir, talis el oratio est. » Paris, petite éd. Panckoucke, 1825, p. 94.