Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/11

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éminemment pourvu de dons naturels, d’intelligence ouverte aux lettres, aux sciences et aux arts, de sentiments généreux, d’une bonté native aux services des malheureux. Avec cela, de mœurs pures, éloquent, chaleureux dans ses discours, d’agréable compagnie, dévoué à ceux qu’il aimait, il sut conserver de grandes amitiés. Plein de tendresse attentive envers les siens, homme de famille, il gagna l’inaltérable amour de ses deux premières femmes qu’il pleura beaucoup. Par contre, combattif à l’excès, vindicatif, de mordants propos, ne connaissant nulle borne dans ses querelles théologiques ou politiques, d’un fonds d’humeur essentiellement satirique, source fréquente de ses disgrâces. Il lui manque vraiment cette direction intérieure de l’âme qui seule peut affermir une moralité sans défaillance. Tout en proclamant bien haut son désintéressement, on le voit souvent fléchir par des considérations mesquines d’intérêt ; quoique se prévalant de son courage avec ostentation, il se laisse parfois dominer par une sorte de pusillanimité enfantine ; à une activité dévorante succèdent des intervalles d’abattement par compatible avec ses prétentions militaires. Obséquieux envers les grands, il est pourtant frondeur et, rebelle à toute discipline, et malgré ses protestations d’indépendance, il se plaît à rechercher les faveurs.

Ces contradictions flagrantes résultent d’un désaccord fondamental entre son esprit et son caractère : esprit inventif, génial même, plein de vivacité et d’audace, — caractère faible, inconsistant, déréglé. À ces précieuses qualités, il allie ainsi des défauts et des tendances funestes qui doivent faire son malheur au milieu de ce monde, cependant si bizarre et si mélangé, de la Renaissance.

La plupart de ceux qui ont parlé de ce savant bohême ont raconté les faits les plus contradictoires. Parmi ses contemporains, Agrippa a joui de la double renommée d’un grand érudit auprès des lettrés et d’un magicien dans l’opinion du vulgaire. On a dit qu’il était d’une famille vieille, riche et noble.

Vieille, on ne peut le dire, notre auteur n’ayant pas lui-même dressé son arbre généalogique, ni personne pour lui ; — riche, il est permis de penser, et il y a pour cela d’excellentes raisons tirées du sort précaire qu’Agrippa a presque toujours subi (ses lettres en sont une preuve convaincante), que cette richesse n’a guère existé que dans l’imagination de biographes trop épris de leur sujet ; — noble, on a discuté sa noblesse d’origine et sa particule de Nettesheim[1].

  1. Conf. Auguste Prost, Corneille Agrippa, tome II, pages 434-436 : Les prétentions d’Agrippa à la noblesse de naissance (Paris, Champion éd., 1882.) – M. H. Morley, The life of H. C. Agrippa von Nettesheim, Londres, 2 vol. 8°, 1856, parle de la famille aristocratique d’Agrippa.