Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/23

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les autres, sont dévorées dans le silence des cloîtres. Seul impassible, majestueux, discret, il garde la clef de l’édifice, et ne la livre qu’aux initiés qu’il a jugés dignes d’une si solennelle révélation[1].

Malgré le bien-être et le bonheur tranquille dont il jouit à Fribourg, son besoin de mobilité et son ambition de paraître sur une scène plus digne de son talent l’entraînent à d’autres aventures[2] : son séjour dans cette ville fut encore plus court que celui de Genève, car le 9 juillet 1533 le nomade docteur de Cologne voit sa démission acceptée par le Petit-Conseil. Mais il est resté dans les meilleurs termes avec Messeigneurs Fribourgeois puisqu’une décision du 8 février 1524[3], rendue en sa faveur peu de jours avant son départ, lui accorda six florins à titre d’argent de voyage ; il prolongea donc ce séjour six mois après la résignation de ses fonctions de médecin des pauvres de la ville, pendant lesquels il y résida comme médecin libre. Peu d’années après, dans de semblables circonstances, Rabelais faisait preuve à Lyon du même sans-gêne ; seulement, s’étant absenté sans congé, il reçut sa révocation des administrateurs de l’Hôtel-Dieu le 5 mars 1534.

En partant de Fribourg, Agrippa y laissait des amis dignes de ses regrets. Dans la première lettre qu’il a écrite de Lyon le 3 mai 1524 après les avoir quittés, on lit ces mots : « apud Friburgum insuper perpetuos reliqui mihi amicos. »

Il conserva leur souvenir.


VII

Depuis longtemps, Agrippa se sentait attiré vers la France : il y avait passé quelque temps dans sa jeunesse, il avait étudié à l’Université de Paris, qu’il n’avait quittée qu’à regret au milieu de nombreux amis. À Lyon également, il avait des amis professant pour lui

  1. Selon les termes d’une lettre d’Agrippa à Chapuys (Epist., III, 38), il paraîtrait que c’est celui-ci qui le fit nommer à Fribourg médecin de la ville. La lettre est du 20 mars 1523. (Voir page 127.)
  2. Epist., III, 55, 56 et 57. Ses amis à Fribourg étaient le notaire Pallanche, « arcanum rerum magnus indagator » (Epist., III, 42) ; le grand chantre de Saint-Nicolas, Jean Wannemacher, compositeur de musique ; Jean Reiff, bailli de Granson et trésorier de la république ; Thomas de Ghyrfack, etc. De Fribourg, Agrippa échange des lettres avec Claude Chansonnette à Bâle, avec Chapuys à Genève, avec Christophe Schilling à Lucerne et Claude Blancherose à Annecy, médecin aux gages de cette ville, qui publia une Thérapeutique à Lyon en 1531.
  3. Epist., III, 41.