Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/59

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

qui, quoiqu’elles ne puissent être comprises dans ce qui appartient à un art permis, prennent cependant comme enseigne le titre honorable de magie. En voyant de pareils faits, je me trouve à la fois étonné et mécontent que personne n’ait encore entrepris de protéger une science si élevée et si sainte contre ces coupables profanations, ou au moins ne l’ait exposée dans toute sa pureté car tous les moins anciens, autant que je sache, tels que Roger Bacon[1] et Robert, Pierre d’Abano, Albert le Grand[2], Arnold de Villanova, Anselme de Parme, l’Espagnol Picatius, le Florentin Sicchus, Asculus et bien d’autres auteurs, mais moins connus, qui promettent, il est vrai, d’enseigner la magie, ne nous offrent cependant que quelques chimères sans base raisonnable ou bien des superstitions indignes de tous les honnêtes gens. Cela me fit penser à moi, qui, dès ma première jeunesse, avais recherché avec attention et sans crainte tout ce qui existe de merveilleux et de secret, que ce ne serait pas une entreprise sans mérite si je rétablissais, et si j’entreprenais de la protéger contre ses détracteurs, la vraie magie, cette première science de tous les sages, après l’avoir, au préalable, épurée de ces falsifications malhonnêtes, et en avoir soigneusement développé les principes.

Quoique cette pensée me tourmentât depuis longtemps, je n’osais pas encore jusqu’ici la mettre à exécution. Cependant, depuis notre entretien à Würzbourg sur de semblables sujets, votre parfaite expérience et votre savoir ainsi que votre pressant encouragement m’ont communiqué une force nouvelle. Je viens donc de composer, d’après les philosophes les plus éprouvés, tout en élaguant ce qui, sous le nom de traditions magiques, était faux et magique, III livres sur la magie, sous un volume aussi succinct que possible et je leur ai donné le nom moins offensif de Philosophie occulte. Comme Votre Honneur a les connaissances les plus étendues dans ces sortes de choses, je dépose ce travail en vos mains pour que vous en preniez connaissance et le jugiez, afin que si, en quelque endroit, j’ai péché contre la nature, contre Dieu ou contre la religion, vous condamniez l’erreur que, d’un autre côté, cependant, vous vouliez bien aussi protéger la vérité, si la méchanceté, avec laquelle on défigure cette science, vous semble condamnable. Je vous prie surtout de vouloir bien en agir avec ce travail comme avec la magie elle-même, de manière que rien de ce qui pourrait être utile ne demeure caché, et que rien de ce qui pourrait nuire ne trouve approbation, afin qu’après avoir été approuvé par vous il soit digne un jour de paraître en public et qu’il n’ait rien à craindre du jugement de la postérité.

Soyez heureux, et veuillez prêter à notre entreprise toute votre indulgence.

  1. Célèbre moine anglais (1244-1292) qui avait des connaissances profondes en mathématiques, en physique et en chimie, non moins qu’en grec, latin, hébreu, en droit, etc. Surnommé le Docteur admirable. Il avait étudié à Oxford et à Paris.
  2. Savant dominicain et philosophe scolastique, né en Souabe (1193-1280). Il était si versé dans les études d’histoire naturelle qu’il passa pour magicien. Avec son disciple saint Thomas, il passa 3 ans à Paris et connaissait toutes les sciences de son temps et tous les livres des philosophes latins et arabes.