Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/58

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-même à Avignon. J’ai d’ailleurs à vous communiquer un secret que j’ai mille peines à garder. Adieu.


II
À l’honorable père Jean Tritheim, abbé de Saint-Jacques, dans le faubourg de Würzbourg, Henry Cornélis Agrippa souhaite bonheur et salut.
En 1510.

Quand je passai dernièrement quelque temps auprès de vous dans votre cloître à Würzbourg, honorable père, et que nous eûmes longtemps parlé de chimie, de magie, de cabale, et d’autres sciences et arts occultes, il s’éleva, entre autres, l’importante question de savoir pourquoi la magie, qui avait d’abord, selon le jugement unanime de tous les anciens philosophes, pris le premier rang et qui était tenue dans la plus haute considération par les sages et les prêtres de l’antiquité, devint plus tard, pour les saints pères et, depuis l’existence de l’Église catholique, aussi détestée que soupçonnée, repoussée par les théologiens, condamnée par les Saints Conciles et fut enfin partout bannie par des lois spéciales. Après mûre réflexion, je crois en avoir trouvé la raison en ce que, à mesure que les temps et les hommes devinrent plus mauvais, il se glissa beaucoup de pseudo-philosophes et de prétendus magiciens qui empruntèrent à de fausses sectes et partis religieux des cérémonies des plus sombres, superstitieuses et répréhensibles, et firent même de la religion orthodoxe un usage désastreux contre l’ordre naturel et pour la perte des hommes. Ce sont eux aussi qui ont publié ces malheureux livres que l’on rencontre çà et là, et auxquels ils ont donné le nom, si honoré autrement, de Magie. Comme ils essayaient, par ce titre si honorable, de mettre leurs jongleries maudites en circulation, ils firent tant que le nom de Magie, autrefois tenu en si haute estime, est maintenant honni par tous les bons et honnêtes gens et que c’est à présent un grand péché d’oser, soit en paroles, soit en écrit, se donner pour magicien, moins d’être une vieille femme de la campagne, ayant la réputation d’être versée dans ces sortes de choses et qui veut faire croire au vulgaire (comme dit Apulée) qu’elle peut attirer le ciel, suspendre la terre, tarir les sources, faire disparaître les montagnes, faire revenir les morts, affaiblir les dieux, éteindre les étoiles et même éclairer le Tartare ; ou, comme chante Virgile : « Elle promet, par des chants magiques, de délivrer les cœurs qu’elle veut, d’en charger d’autres des chaînes de l’amour, d’arrêter les fleuves dans leur cours, de détourner les étoiles. » Elle conjure aussi les mânes de la nuit. On voit la terre mugir sous ses pieds et des ombres se promener sur les montagnes.

Des choses telles qu’en racontent, par exemple, Lucain de cette enchanteresse thessalienne, Homère, de la toute-puissance de Circé, ne sont en majeure partie que mensonges, superstitions, inventions pernicieuses,