Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/73

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Hélas mes lettres ont beau vous appeler vous ne venez pas passer quelques jours auprès de nous. J’attends toujours cependant que vos affaires vous conduisent ici. Avec quel empressement j’irai me jeter dans vos bras ! Mais je m’abandonne à la familiarité et j’oublie votre grandeur. Votre bonté excessive est cause de ma hardiesse, pardonnez-moi, si vous êtes un autre Socrate. Quelques-uns de nos Maîtres en capuchon de la secte dominicaine, ces persécuteurs ou plutôt ces inquisiteurs de notre foi, entrèrent par hasard ces jours derniers dans notre parloir la conversation tomba sur notre savant Érasme, et, au milieu d’accusations plus ou moins violentes, ils se mirent à vomir contre lui et contre Luther tout le venin de leurs injures, déblatérant contre les quatre Antechrists de l’Église : Érasme, Luther, Jean Reuchlin et d’Étaples.

Comprenez-vous ces sycophantes persécuteurs des lettres ? Au reste, le porteur des présentes, homme de lettres et érudit distingué, désire beaucoup s’entretenir avec vous.

Confiez-vous à lui. Vous saluerez en mon nom notre révérend et très docte seigneur official[1]. Portez-vous bien, illustre Agrippa, vous, votre fils[2], et toute votre famille.

De notre cellule d’Annecy.


XVIII
Claude Dieudonné à Agrippa.

Annecy, 2 octobre 1521.

Vous vous étonnerez, peut-être, illustre et cher Agrippa, de l’audace d’un homme obscur, privé de talent comme moi, qui, abusant d’une amitié de quelques jours et sans tenir compte de l’éclat de votre position, s’oublie jusqu’à prendre la liberté de vous importuner par trois lettres consécutives. Mais, pour me justifier d’une telle conduite, rappelez-vous la bonté que vous m’avez si gratuitement témoignée à Metz, bonté que je ne puis oublier, et qui seule est la cause de ma hardiesse peut-être excessive. Je ne puis assez admirer en vous cet étonnant savoir et cette émouvante éloquence qui m’a subjugué et ébloui plus que toute autre. J’ai appris que vous aviez très heureusement publié une savante apologie, en réponse au prieur de Metz. Oserai-je espérer que vous voudrez bien m’en faire part : j’estime que ce sera un très grand honneur pour ma modeste bibliothèque que d’y introduire quelqu’une de vos œuvres. Si ce n’est pas être trop importun, daignez m’écrire ce que vous pensez des ouvrages de Luther. Vous n’avez sans doute pas oublié qu’à Metz vous avez bien voulu

  1. Eustache Chapuys, qui était à cette époque official de Genève.
  2. Le petit Théodoric, qui, à ce moment, devait avoir onze ans.