Page:Otlet - Problèmes internationaux et la guerre.djvu/30

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de départ de toutes les luttes postérieures, car elle laissait ouverte la question des Balkans.

L’Autriche-Hongrie ayant déclaré qu’elle s’appropriait définitivement la Bosnie et l’Herzégovine, l’Italie, encouragée par l’exemple, déclara la guerre à la Turquie quoique temps après, dans le but de se faire concéder la Tripolitaine. Elle porta le théâtre des hostilités dans l’Archipel. Les quatre États balkaniques : Serbie, Bulgarie, Grèce et Monténégro estimèrent alors le moment venu d’entrer en scène et de résoudre à leur profit la question des Balkans. La Turquie vaincue dut céder. Cependant, les Puissances veillaient. Comme elles n’avaient que des ambitions et nul principe, leur action dut se borner à éviter la guerre entr’elles. Leur action sur les États balkaniques ne fut qu’une suite lamentable d’échecs. Une place restait seulement aux intrigues isolées et elles se firent jour sous la forme d’appui indirect donné par certains aux États victorieux à l’heure du règlement final. La deuxième guerre balkanique en sortit, celle-ci entre les alliés de la veille. Il n’y eut d’autre vainqueur que la Turquie qui reprit Andrinople. La Russie voyait naître avec appréhension à sa frontière même une très grande Bulgarie et ne favorisa plus ses anciens libérés ; l’Autriche trouvait la possibilité d’entraver la constitution d’une très grande Serbie en imaginant une Albanie artificielle. Elle était aidée en cela par l’Italie, désireuse de ne pas clore l’ère des difficultés sur l’Adriatique et de réserver des possibilités dans l’Archipel en retardant la restitution des îles du Dodécanèse. La Roumanie se faisait octroyer des territoires à la onzième heure.

Ainsi la crise balkanique, momentanément clôturée par le traité de Bucarest, contenait tous les germes de la crise européenne de 1914. Elle vérifiait l’opinion de tous les historiens et des diplomates qui craignaient, comme on l’enseignait à l’école, que la question d’Orient mettrait forcément aux prises les grandes puissances et les entraînerait dans un conflit armé. L’Autriche, déçue dans son programme d’extension vers l’est et menacée, à l’intérieur même, par le nouveau centre d’attraction que Belgrade constituait pour les Slaves de la Monarchie, retardée d’autre part dans ses projets de monarchie trialiste, devait chercher une revanche en même temps qu’une diversion du côté de la Serbie. Celle-ci, de son côté, n’était pas en état de réprimer le mécontentement de ses populations désillusionnées de n’avoir pu retirer tout le fruit de leurs victoires. L’Allemagne, d’autre part, était impatiente de jouer un rôle en rapport avec sa puissance. Voyant que la crise n’avait été qu’un renforcement en Europe de l’influence slave et craignant que désormais elle n’eut elle-même à en venir aux prises avec la Russie, représentante du panslavisme, elle se mit à donner à ses armements un caractère aigu. Elle entraîna dans la même voie, en des proportions diverses, toutes les Puissances. Les charges