Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de voix qui criaient au dedans de moi. Je prenais pour de l’égoïsme ce qui n’était peut-être que pressentiment… — Enfin, un lundi matin, après avoir bien pleuré, bien parlé dans les bras l’un de l’autre, après mille promesses et mille recommandations de nous écrire, de nous revoir, Jacques partit dispos, alerte, son petit paquet au bout d’un bâton, ses cheveux, flottants, son bel habit des dimanches sur les épaules et des rubans neufs à son chapeau. Je l’accompagnai et le vis se perdre dans le fond de la grande route.

Il était si content et marchait d’un pas si léger, qu’il voyagea toute la nuit, à ce qu’il m’écrivit, et, par un beau clair de lune, les cheveux au vent, les yeux levés vers le ciel étoilé, le cœur gonflé de joie et d’espérances, il récitait à haute voix sur les chemins ce passage de sa pièce des Planètes, couronnée l’an d’auparavant :

La terre suit ; Mars, moins rapide,
D’un air sombre s’avance et guide
Les pas tardifs de Jupiter ;
Et son père, le vieux Saturne,
Roule à peine son char nocturne
Sur les bords glacés de l’Éther.

Le cher enfant était ivre et croyait marcher à la conquête de tous ses rêves. Mon Dieu ! pourquoi-l’ai-je laissé partir ? Je ne vous dirai pas grand’chose de ses premières démarches à Paris ; car il me les cachait dans ses lettres, et personne n’a pu me donner de renseignements là-dessus. Il paraît cependant que les honoraires du libraire,