Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/297

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qui s’appelait M. Lacombe, ne purent suffire longtemps à Jacques, et qu’il tomba peu à peu dans le besoin. Je ne devine que trop ses chagrins à cette époque et la douleur que dut lui causer le réveil de ses illusions. Ce que je sais pourtant, c’est que M. de Savine, ancien évêque de Viviers, le protégeait. — Dieu le lui puisse rendre ! — Et que, par l’entremise de ce digne prélat, il obtint une place de commis à l’économat dans l’hôpital Saint-Luc, fondé par un grand seigneur fort riche et fort charitable.

Cet hôpital était desservi par une confrérie de pieuses filles ; mais l’administration en avait été confiée à des laïques, et particulièrement à un économe que le fondateur avait mis à cette place, parce qu’il l’avait vu naître et qu’il était le fils de son cocher. Retenez bien, Messieurs, que cet horrible homme, si dur dans ses fonctions, était le fils d’un cocher. Quant à celui-là, j’ai pris mes informations, je le connais bien, et je suis encore à comprendre comment un digne seigneur avait pu placer quelque confiance en un tel sujet ; mais il est vrai que cet économe était un monstre d’hypocrisie et de servilité. Il faut vous détailler un peu son caractère, afin de vous faire comprendre ce qu’en a dû souffrir mon pauvre élève.

Il s’appelait Lecamus. C’était un grand et gros homme, bouffi et blafard, le front étroit et de petits yeux faux sans couleur et sans éclat, perdus derrière de grands verres de lunettes : rien de ce qui donne un peu d’ouverture et de noblesse au visage. Je pourrais vous le peindre d’un mot, car j’ai beau chercher parmi les vices, il ne lui en manquait aucun. Ce sont des monstruosités que de pareils hommes, et ils sont moins rares qu’on ne croit.