Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/299

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voulait à quelqu’un ; les travaillant en sous-main et finissant toujours par les perdre ; faux dévot avec les grands personnages qui l’employaient, obscène et dissolu dans ses paroles avec les hommes du jour, abusant de son autorité en cent façons et ensevelissant bien des scélératesses dans cette administration impénétrable d’un homme en qui l’on a confiance.

Si ces choses-là étaient dans un livre, on ne les croirait pas. Je sais qu’un pareil tableau paraît toujours trop chargé ; mais, malheureusement, il n’est jamais ainsi. On ne saurait creuser trop avant dans la corruption humaine, et tout ce qu’on peut dire de ces caractères odieux est au-dessous de la réalité.

M. Lecamus comprit d’abord que Jacques était un ennemi. Il fut étonné de cette douce et noble physionomie. Je ne sais comment le bruit vint jusqu’à lui qu’il avait écrit des vers. Il le détesta d’abord pour son talent et sa bonne mine, et fut comme ravi de pouvoir du moins rabaisser à son aise ce mérite qu’il enviait.

Jacques avait accepté cette place pour ne pas mourir de faim, et souffrait déjà beaucoup des travaux qu’elle comportait. Il avait besoin plutôt de consolations et d’encouragements. M. Lecamus commença par doubler ses charges avec la dernière rigueur, déguisant ses reproches en des plaisanteries mal feintes ; car j’avais oublié, parmi ses lâchetés, cette façon d’agir qui lui était familière. Il n’osait lancer son venin qu’à couvert, même à un inférieur. Jacques, timide d’abord et ne soupçonnant pas de telles noirceurs, se résigna. Lecamus s’avança sur ce terrain, croyant pouvoir tout oser ; mais Jacques lui parla haut, l’économe