Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/298

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J’ai pensé, depuis, que les assassins, qui ont du moins assez d’énergie pour pousser certaines passions à l’excès, pouvaient bien n’être pas aussi complètement scélérats.

M. Lecamus s’était avancé dans les bureaux à force de basses complaisances pour ses chefs qu’il ne se faisait pas faute de décrier quand il pouvait et de diffamer dans leurs plus secrètes affaires. Gagnant déjà d’assez gros appointements et tirant autant que possible sur le bien du prochain, s’aidant même autour de lui de petites escroqueries plus avilissantes que le vol véritable, usant de tout à sa portée pour ne rien acheter, se refusant ces plaisirs qui plaisent aux jeunes gens un peu généreux ou se les procurant par des moyens honteux, il était parvenu à faire quelques épargnes, et, sous le masque de la religion, il s’était fait donner la main d’une fille avare et disgraciée comme lui, qui l’avait achevé d’établir au-dessus des gens de sa sorte. Vous voyez bien que c’était un de ces hommes qui ne sauraient manquer de faire leur chemin, et cela est bien honteux pour la société.

M. Lecamus se développa tout à son aise dans sa charge d’économe. Jaloux de faire sentir son autorité dans les moindres choses, comme un homme qui n’y est point accoutumé, incapable et paresseux sous une apparence de zèle, il chargeait ses bureaux de besogne dont il se glorifiait auprès de ses chefs, toujours le même avec eux humble et servile, mais prenant sa revanche avec ses inférieurs ; accessible d’ailleurs aux plus détestables flatteries et dupé par les plus méprisables de ses administrés.

Que vous dire de plus ? il était hâbleur, pédant, vantard, lâche quand on parlait ferme, fourbe et retors quand il en