Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/111

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ce qui arrive : elle est malade, et lui bien portant. Nous aussi, nous entrons en lutte, diversement animés ; nous n’avons ni une même espérance ni une crainte semblable. Ta poursuite est sans périls ; un refus m’est plus affreux que la mort ; et ce que tu aimeras peut-être, moi, je l’aime déjà. Si tu avais souci de la justice et de l’honneur, tu aurais dû toi-même céder à mes feux. Si le cruel persiste à soutenir une cause inique, que sert, Cydippe, la lettre que je t’écris ? C’est lui qui te retient sur un lit de douleur, et te rend suspecte à Diane ; défends-lui, si tu es sage, les abords de ta couche ; il expose ainsi ces jours à de si cruels périls ! Puisse celui qui te les suscite y succomber à ta place ! Si tu repousses et n’aimes pas celui que condamne la déesse, tu seras aussitôt sauvée, et je le serai avec toi. Mets, jeune fille, un terme à tes alarmes ; tu jouiras d’une santé durable ; songe seulement à honorer la divinité témoin de ta promesse. Ce n’est pas un bœuf immolé qui réjouit les Immortels, mais la foi qu’on acquitte, lors même qu’elle n’a pas de témoin. Quelques femmes souffrent, pour guérir, et le fer et le feu ; d’autres trouvent dans un suc amer un triste soulagement. Il n’est pas besoin de ces remèdes : évite seulement le parjure, et sauve-nous tous deux en même temps que ta foi jurée. L’ignorance te fera pardonner ta faute passée ; on dira que tu avais oublié l’engagement que tu avais lu. Tu as reçu des avertissements, tantôt de ma voix, tantôt de cet accident, qui se renouvelle autant de fois que tu cherches à fausser ton serment. Mais quand tu échapperais à ce danger, ne demanderas-tu pas à la déesse, le jour de l’enfantement, le secours de ses mains propices ? Elle entendra ta voix ; se rappelant alors ce qu’elle sait déjà, elle voudra connaître le père de ton enfant. Tu promettras un vœu ; elle sait que tes promesses sont vaines. Tu jureras ; elle sait que tu peux tromper les dieux. Il ne s’agit pas de moi ; un soin plus important m’occupe : mon cœur est inquiet pour ta vie. Pourquoi tes parents, auxquels tu laisses ignorer ta faute, ont-ils, dans leur effroi, pleuré naguère sur l’incertitude de ta conservation ? Et pourquoi l’ignoreraient-ils ? Tu peux tout raconter à ta mère ; tu n’as rien fait, Cydippe, dont tu doives rougir. Fais-lui un récit détaillé dis comment je te vis pour la première fois, durant un sacrifice à la déesse chasseresse ; comment soudain, à ta vue, mes yeux, si par hasard tu l’as remarqué, restèrent fixés sur toi ; comment, pendant cette avide contemplation (signe certain d’une passion violente), mon manteau se détacha de mes épaules, et tomba ; comment, un instant après, une pomme en roulant alla, je ne sais comment, porter à tes pieds des mots savamment perfides[1] ; comment,

  1. Ovide fait allusion à cette aventure, dans les Tristes :

    Poma negat regio nec haberet Acontius, in quo
    Scriberet hic dominae verba legenda suae.